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poematique expiraTOIre

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exil

vieil-homme.jpg photo  journal sudouest


l'arrachement, l'exil.

la planète tourne et le monde qui vit dessus glisse comme une masse compacte. je sens sous ce liquide, dessus la fine couche arable, des foules en voyage, en ballottements, comme peut-être ces buissons roulant dans les déserts des westerns. des masses de cheveux, des bras, des jambes, corps déportés, soumis à des lois d'attraction, de synergies, de forces centrifuges qui circulent sans frein et qui cherchent à prendre racines. humains de transhumance involontaire, en déplacements forcés, l'exil.

par vagues ils arrivent. on sait que c'est sur appel d'air, appel des tempêtes, des violences... d'énormes tas de végétation humaine, d'algues flottantes, de nids, de feuillages.

je me demande souvent comment je le vivrais, ce radeau de la Méduse, comment je résisterais, comment je lutterais à coups de rames contre le courant. je devine aussi ce moment de lâcher prise, de laisser faire pour conserver sa force, pour rester vive debout et non agrippée vaguement au navire avant de sombrer.

un autre endroit sur Terre? pourrais-je m'y acclimater, manger, dormir, exprimer quelque chose , causer dans un nouveau langage? pourquoi serait-ce si difficile? est-ce le goût de ma terre? l'odeur de ma forêt? le chemin du boulot? que me manquerait-il pour m'y sentir chez moi?

nous sommes dans la rue, la rue qui descend vers la grande cathédrale. il fait soleil mais le matin est vide comme toujours avant que les cloches ne sonnent. un homme. les cheveux très blancs, la peau très sombre, ses yeux rougis, son sourire plein de tabac. il n'est pas grand, il vient vers moi. il avance avec une assurance de chef. était -il chef de tribu, de village, de contrée,  là-bas dans sa Turquie intérieure? il se met à mon côté, il est tout près, se tient presque contre moi. il marche maintenant,  avec au même pas.

je ne ressens aucune peur. non. je sens exactement ce qu'il cherche. il veut faire comme si.  comme si j'étais sa compagne qui est là-bas.  loin. il me dit "viens boire un café avec moi. " je suis étonnée tout de même  je crois que je réponds .."peux pas". il me dit:   "tu sais, chez nous aussi, c'est fête aujourd'hui, une grande, une très belle fête, une fête où tout le monde est ensemble. j'aimerais faire ici, comme moi là-bas..."

l'exil c'est partout ou alors nulle part quand on vit en amour. je le regarde, je souris. on achève un court chemin. puis on se sépare.

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