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poematique expiraTOIre

ennui

        Je m’ennuie. Inutile de me leurrer, de chercher des explications plus intellectuelles et réfléchies les unes que les autres. Inutile de me faire une thèse et puis une antithèse. Je m’ennuie.

        Je tapote sur le clavier, je surfe. Ce n’est pas que le mot me séduise mais il n’y en a vraiment pas d’autres. Surfer : faire de la navigation incontrôlée, si ce n’est par le mouvement du vague. Je scrute mon avenir mon passé mon présent sur le site si particulièrement féminin d’une astrologue arnaqueuse. Ma souris se laisse conduire vers des suppositions, des propositions de hasard. Du sexe dans toutes les parties de la mer et de l’océan. Demander et se servir.

 

        Je m’ennuie. Je suis lasse de ma paresse, de la facilité avec laquelle je laisse le soir grandir sans l’entreprendre, sans le vouer à un sort plus digne.

        Je m’ennuie et je flirte avec la connaissance et le savoir. Ici un peu de Boyer, là du Goethe. Le site d’un peintre, le retour d’un critique de ciné.

        Je m’ennuie à ma table de deux sur deux qui me sert de bureau à écrire, à penser, à  langer mes désirs.

 

        Je m’ennuie et la solitude prend une place énorme. Un tas de bois devant ma porte, la forêt de derrière la toiture, la plaine emplie de brouillard, la largeur du ciel. Tout cela, ma solitude.

         Je ne sais pas comment l’embrocher et comment l’empaler sur mes banderilles à deux mains d’écrivain en mal de planter son stylet sur le blanc des pages.

 

         Là, sur la toile, l’adresse d’un site de rencontres. Je pique, je clique. Des centaines de gens en impatience de parler, de partager, de baiser. Ils sont tous en rang de misère, en poquets, à la ligne, prêts à recevoir l’aumône d’un message, d’une invitation, d’un appel. Je parcours les images sans autre pensée que celle d’une forme d’incompréhension, car bien entendu, ceux-là sont dans l’anormalité et moi je suis la bien normée, la régulière, parfaitement sociale et l’intégrée du cursus.

        La tranche des hommes de mon âge. Des photos, des pseudos et descriptions des goûts et des couleurs. Parmi lesquels, plus ou moins d’humour, d’arrogance et de maladresse.

         Une photo surgit. Je m’y arrête, incrédule.

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