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poematique expiraTOIre

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lettre

sais-tu,

 

ici il fait beau. oui une sorte de saison qui ne saurait mourir. tout est délicieux. c'est comme ça. et je ne vais pas mettre du poivre sur le sucré des choses. il fait beau et donc tout est juste, splendide et bon. une sorte d'éponge solaire passée dans l'ardoise humaine quoi. les saloperies ont un air de fraîcheur, un hâle de légèreté. on se tient tous  la respiration suspendue à se penser parmi, ce serait d'une indécence crasse que de se plaindre ou d'émettre un son discordant.  on préfère soupeser son lourd silence entre deux glaçons et les croisées de jambes  qui ouvrent leurs perspectives. j'hésite entre mes décolletés de cuisse ou ces échancrures de gorge. le trop me désignerait au vulgaire. mais l'été est là et serait-ce le dernier à me proposer ses avantages et mon ultime trottoir de parade? demain faudra enlainer mes guiboles et oublier définitivement les courants d'air allumeurs et gigoteurs. je devrais m'en faire mais il fait beau et je m'en fous , comme de bien entendu.

 

sais-tu, j'ai inventé un corps à la nuit, une masse grise, comme un torse d'homme dont la tête atteindrait d'autres nuages. un chandail entre jour et nuit et sur lequel mes yeux cherchent le mouvement d'une respiration. et parfois oui l'homme gris respire, il y a comme un frisson sur l'air, un léger mouvement qui semble froisser le mur. mais mes paupières fatiguent et je clos le rêve sur des amas de couleurs, des furies danseuses sorties comme des bestioles du ventre mâle. -les hommes parfois font des cocons tout à fait  présentables pour des volées de chenilles aux secousses de cannelle- . je tends la main je murmure. j'aime parler toute seule. les anges écoutent. ...enfin peut-être.

 

je sais que tu travailles mais  sais-tu que moi aussi... j'ai ouvert mon magasin, ma devanture à poèmes. on m'a dit qu'il valait mieux les coller sur des épices du café ou le filet de pommes de terre,  que ça serait mieux. le poème doit passer toujours sous le manteau, entre deux papiers de boucher ou le farci des factures...bon ma vitrine est étroite on dirait une fente d'émail entre deux oreilles. pas de quoi fouetter un cocher ni un bol de crème, mais tout de même  il vaudrait mieux qu'elle serve à quelque chose, non?

j'aimerais que tu passes me donner ton avis, une estampille de consommateur. et si tu me dis de fermer la boutique parce que tu n'y as pas trouvé ton conte, je le ferai.

 

sais-tu, je vais plutôt bien compte tenu des choses et de l'ennui. je crois que même l'ennui devient moins important à force de ne plus croire en rien. l'exil  est une approche géographique du zazen relativement  convenable.

écris-mois ...enfin peut-être , entre deux, quoique ..naturellement  enfin pour ce que j'en vis.

 

Il ne s’agit pas de réponse. Mais toujours de pousser le puck. D’aller plus loin encore, de voir à quoi et où on peut encore. commenter c’est déjà passer la fenêtre déjà traverser le miroir oser battre le volet et proposer une suite à la formule. Il ne sert à rien de lever le pouce et de déclarer son appréciation. L’arène ce n’est pas utile, pas de combat de vainqueur de vaincu et cet arbitre qui serait là à distinguer le pas mal  du mal… non mais ouvrir sa peau  chercher la bouture  mettre son fleuve dans un autre fleuve... la fission poétique

que de la friction naisse l’énergie d’une autre chose…

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