poematique expiraTOIre
je m'attendais à tout, à me cogner, à balancer des trucs en l'air ou à voir se pointer des armes. du feu, des lames blanches, l'invisible en éperon... la menace était montée d'un cran encore, le ciel virait épais.c'est comme ça la guerre...
je m'attendais à rentrer dans des mots, tabasser la parole. j'avais mon arsenal de grossièretés, de vocabulaire rouge, du tranchant de la langue, une vraie garnison d'ordures bien entraînées, habiles furieuses et terriblement efficaces.
je m'attendais même à des vrais gens qui seraient venus avec leurs histoires m'en foutre plein la gueule. ce blabla vénéneux, leurs gaz moutarde, leur chimie invisible qui te fait suffoquer et sécher tes poumons en deux mots trois mouvements.
j'étais sur les nerfs, dressée, à l'affût, armée jusqu'aux molaires. personne n'allait me surprendre. j'étais en vigie bien plus haut sur moi-même, l'oeil aiguisé, hypermobile, éclaireur de dessus les collines.
je campais là sur la position, stratégie de combat. attention maximum, degré fort de danger!
c'était comme un pays ennemi, un état fratricide. je dégoulinais de sangs et de vengeance. l'instinct de survie hérissé tout autour. au moindre souffle je pensais dégainer, jambes écartées "approche salopard tu vas voir ce que je te réserve. tu auras peut-être ma peau mais pas sans que je mette en charpie la tienne."
j'étais de la guérilla de l'ombre, le genre qui pose ses bombes comme des kleenex derrière elle en espérant qu'on explose à ses mouchoirs. j'étais pure armure. chienne enragée.
la violence, ô la violence de ma peur... et cet inconnu comme une menace secrète, le mal partout.