poematique expiraTOIre
je ne te vois pas. t'es rien, t'es personne. t'es pas un accident. t'es pas là.
je ne te touche pas, ne prends rien, ni parfum, ni éclats ni petite salive au coin de la bouche. tu n'es pas debout ni dressé ni élargi, écartelé sous la roue pour prendre mieux l'air une fraction de plaisir dans la détente extrême.
tu n'es pas apparu. tu es resté en dehors, cela fait des ans que tu te les gèles. dehors, pas loin de la porte mais dehors parce que c'est pas possible de faire un pas, pas possible de prendre bouche.
tu as peur. tu ne veux rien d'autre que cette peur, qui habite le ventre, ton sexe, ton dégoût, ton désir.
tu es une poignée de fouet entre les tempes, des fagots, des citernes, des choses essentielles qui sont en toi, comme pour te rappeler que t'es le chien, le loup, l'ours, le porc de feu.
j'allonge la main. je danse le bras, je dis.
je parle.
j'envoûte l'air de fils et de tensions. je tresse, je tisse. je drape l'oxygène des toiles et des parachutes. je chante pour toi, j'explose pour toi comme un accordéon, empli de chants, empli de plaintes, empli d'expirations et de morts sans discontinuer.
tu ne sens rien. tu fermes, tu clos ton nuage, tu tires tes volets tu abdiques pour la nuit.
je jette
l'éponge, les mots, le cahier de folies. tu sauras bien assez tôt l'horrible de mon poème, mes confusions d'encre, mes détours et cette bassesse sempiternelle qui est mon lot et qui est moi.
tu sauras que tout est dans la main, mes lignes, ma vie,quelques étoiles, quelques cisailles. c'est ma main, mon joyau aux ongles noirs, que je tends que je ferme, que je serre, que je tords, que je mange, que je crache...
que je tends que je ferme...
tu ne sais pas ce que c'est que l'amour. tu l'as fondu dans l'eau avec tous tes vins, tes rêves. tu l'as mis dans la transparence, l'as étendu avec l'indifférence. tu n'aimes plus que béat et sans la moindre souffrance ni inquiétude.
et tu dis que c'est aimer alors que c'est dissolution.