poematique expiraTOIre
dans la main, un caillou. flèche troglodyte, taillée à mesure de cerf ou de lynx. ma main se ferme, palpe les contours. le temps est bourré de cassures, de facettes précieuses. la force d'une pointe, sa puissance à fendre l'air et le cuir. visée de faim, de froid, de vivre, en arrachant son souffle à la peau des autres.
le cri que le caillou a fait, ce brame, ce feulement (un caillou qui crie victoire ou à mort!). c'est la voie de la flèche, sa voix aussi projetée hors du gibier comme un boomerang, une percussion retentissante.
combien de plaintes cette petite pierre a-t-elle générées? combien de fois a-t-elle trouvé cette parole unique, terminale du silex, transcendant ainsi l'immensité silencieuse des pierres?
j'observe cet objet, sacré de par la vie puisée dans le sang de la chasse. il me nargue de sa puissance en sommeil ,de son inaction, me nargue de la nécessité qu'il y eut un jour à le tailler, à le faire apte à tuer. me nargue de son inutilité désormais.
je l'implore de transmettre à ma paume d'autres choses, des magies neuves. la vie passe par les blessures, passe par ces versements au quota de la mort. j'y pense, je rends grâce. n'ai pas d'autre choix que de plier et de comprendre le secret de cette pointe dure. je serre un peu trop. sentir le mal est nécessaire. pierre subtile.
je la pose maintenant sur la table. me remets au labeur ordinaire. encore un message me réduisant à vaine et inutile. qui parle donc le langage du caillou et veut bien en traduire l'esprit...?