poematique expiraTOIre
mis les boules rondes de l'ipod dans les oreilles, j'écoute je m'abstrais. la gare est une monstruosité dans laquelle se baladent imprécis imparfaits- inexistants peut-être -des gens, des tas de gens, des monceaux de gens. je me ratatine sur le bord du banc. combien de temps pourrai-je ainsi tenir? dans la foule énorme de ma solitude. sans la moindre poignée de secours où me tenir. tout grouille tout bouge tout s'embrasse, se reconnaît, s'évade. tout palpite sans fin et le temps m'enveloppe d'une toile qui m'enroule vers l'angoisse cocon perfide. pour la dixième fois peut-être le clochard en chaussettes vient de glisser ses patins sur mon paillasson de silence. il m'envisage comme sa voisine de palier, son dernier gyrophare. le corps se fait si lourd mais l'esprit lui divague et flotte, me disperse dans les hauteurs de verrières. Gare de Lyon, je te connais. tu es le coeur vif, la métaphore inexorable de ma vie. je ne pars pas, je n'arrive pas, je ne suis de personne. ni du bagage, ni de la soute. le simple fruit paumé d'un coton dans un coup de vent venu de l'autre gare, Fribourg. dans ce nid de cauchemar, revenant à coups de bielle. la gare, le train, le quai et moi, jamais à l'heure et jamais prête. tous les départs ratés et cette impuissance notoire de n'être d'aucun courant.
mais... revoilà le nain blanc avec ses pantoufles d'entretien sur mon marbre d'imprimeur. bientôt ce sera si propre: comme chez moi.