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poematique expiraTOIre

début dans l'ombre

 

 

 

 

J'ai longtemps pensé que mon ombre me suivait, une évidence d'enfant rêveuse. L'ombre m'imitait, me tournait autour, avait sur moi ce petit pas de retard qui donne la sensation d'une forme d'autorité. Du moins, cela me semblait être une vérité fiable.
Lorsque l'ombre arrivait, souvent comme une impertinence faite à ma silhouette, je sentais sa présence tapie, me singeant d'une trace noire. La facilité avec laquelle elle surgissait, se faufilait dans les moindres espaces, se fichant des aspérités du terrain, me narguait moi ma lourdeur et mon pas de soumise à la pesanteur des hommes.

De plus, l'ombre avait ce pouvoir de refléter la lumière, ce savoir photographique d'imprimer sur la Terre la puissance du soleil. Et j'observais cette ironie faite empreinte avec une jalousie  confuse car l'ombre avait cette relation d'exception avec la lumière, ce flux chaud et cuisant qui me manquait.

Comme tous les enfants, je tentais de la surprendre, d'agir à l'envers de son attente pour la voir, elle aussi, se tromper, hésiter ou être distraite par une facétie de la vie.  Je ne désespérais pas de réussir car j'avais la persuasion intime qu'elle dépendait de moi.

Cette patineuse tout terrain, fidèle mime de ma propre marionnette, présente et impitoyable, me collait à la peau et je finis par la gommer de mes champs visuels. Elle en faisait trop peut-être ou était devenue trop familière  et mon regard avide de nouveauté finit par zapper sur d'autres contrastes. J'oubliais son existence, ne suivais plus aucun de ses efforts multiformes pour attirer mon attention. J'avais rejoins un monde où ni l'ombre, ni le soleil non plus, n'avaient plus aucune importance. Le quotidien.

Un monde sans ombre. La grisaille, l'uniforme noir d'une armée de soldats laborieux, ayant mélangé tant de leurs vieilles couleurs qu'ils n'ont plus qu'une eau sale pour se tremper. L'ombre ne me manquait en rien. Je ne me souvenais même pas qu'elle avait été ma compagne de jeu. Elle avait rejoint une mémoire cache dans un circuit interne dont je ne savais même plus l'utilité.

Je vivais sans elle.

J'étais elle.

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