poematique expiraTOIre
le téléphone a un répondeur. la voix d'une femme qui n'est pas moi, qui ne cause pas comme moi, mais en italien. elle raconte à qui veut l'écouter qu'on peut laisser son message à la secretaria telefonica. jamais pu métamorphoser ce message en quelque chose qui me ressemble.. il vostro messagio tombe invariablement dans le côté tessinois de mon pays.
parfois les gens se laissent prendre au piège. ils parlent me supposant une langue maternelle autre. ils bégaient un peu, se reprennent, y croient un moment. d'autres ont pensé que c'était un piège à moi pour refuser les appels et décourager la téléphonie ou biaiser les PTT. mais en s'y reprenant, ils finissent par faire ce pas et enfin d'y aller de leurs mots.
Mais ensuite ...quand j'arrive et que je vois le clignoteur me signaler qu'un poisson est dans la nasse!!
je presse le bouton et j'écoute...
il est mort. c'est loin une année et demie déjà. sa voix arrive toujours la première. il y va de son speech, toujours le même, annonçant son nom comme si je ne l'avais pas reconnu et me disant qu'il rappellera plus tard. et il rappelle, oui, 4 ou 5 fois... il rit, il a sa voix de jeunot qui saute les barrières.
je me raidis, j'entends chaque grincement, chaque bruit insolite et je rembobine. je suis au jardin. je réponds cette fois. c'est la dernière. je ne sais pas bien entendu. je ris. il fait beau. cela sent le printemps qui s'avance.
toute une histoire coincée dans le mémento de ma secreteria telefonica. le ruban sera bientôt gravé plein et je devrai choisir. tout effacer ou laisser errer dans l'espace temps, la voix rieuse du "cher disparu"?