poematique expiraTOIre
je n'employais jamais le mot tatouer jusqu'à ce qu'un jour, il arrive avec ce truc qui semblait enserrer ses souvenirs. il revenait des îles où les morts se portent à fleur de peau. il n'en disait pas grand chose, mais cela le faisait rire de voir ma peau blanche et pas un trou dessus. avec ça, il était sûr que j'étais vierge de douleurs, qu'il était bien l'unique à en savoir le prix. ça lui semblait vraiment bien trop sérieux pour moi.
je n'employais jamais le mot vibrer jusqu'à ce qu'un jour, il me fasse comprendre que le noir chantait. le noir est empli, il déborde il expire les couleurs, une haleine à recueillir. tendre les yeux en soucoupe et espérer que dedans arrive par magie, une onde de néant, une vague, un truc de fond qu'on ne peut normalement pas saisir. je regardais avant, je vis après . cela me fit peur- un peu- et puis je me mis à avoir faim de lire dans la nuit.
je n'employais jamais le mot exil jusqu'à ce que cela me prenne, toute entière. je sus l'exil, sur la Terre et cette sensation irréelle d'avoir été oubliée ici quand mon monde avait depuis longtemps décollé pour un autre univers. chaque pré chaque étang qui passent, chaque fleuve ou sentier, chaque lever de ciel, je ressens sur ma peau l'allogène goût d'un monde déserté. le noir et l'encre m'ont quittée pour d'autres cieux. les mots seuls sont restés. j'ai le coeur abandonné dans une mare d'encre