Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

poematique expiraTOIre

magnani/old time

 

Le bus. Elle le prend toujours en avance.

 


 Pour faire une partie du chemin à pied. Le boulevard, le seul boulevard.


Etre parmi les gens, regarder les vitrines, rêver encore un peu, tenter de faire autre chose le temps d’un court trajet, qui pourrait tout aussi bien l’éloigner de l’école que l’y conduire. Imaginer une autre vie, chaque nouvel accès au bus. Je serai médecin. Je serai hôtesse de l’air. Je serai riche. Je serai  belle. Je serai…


Lentement, le bus se remplit; les gens se pressent, s’empilent, s’enfourchent. Bras dans bras, jambes entre jambes. On mélange, on brasse des femelles des mâles de toutes races. Tous,  sur les étroites plates-formes du centre et du fond du bus.


Si tu veux sortir rapidement faut juste rester debout, pas trop loin de l’éventail. Ne jamais chercher à t’asseoir.


Elle ne sait pas ce qu'elle sent, elle ne sait pas ce qu’elle est. D’ailleurs pense-t-elle ou fait-elle juste un trou dans la mémoire pour s’y laisser glisser doucement?   Visage absorbé dans une poche intérieure. Toute en doublures et insondables. Ses cheveux sont relevés mais si mal attachés et cette jupe éternelle avec ce col roulé blanc en peau de velours qui moule son corps. Elle s’en fout. Elle n’a jamais été belle. Elle ne sait pas qui elle est. Elle se laisse bercer par le mouvement rond du bus qui va bientôt la poser à la gare.


Il est très près d’elle. Peut-être la touche-t-il, a-t-il  son visage dans sa chevelure ? La frôle-t-il ? Ont-ils été un instant trop serrés l’un contre l’autre ? Il est si près. La respire-t-il ? Haut mince et noueux. S’est-elle encastrée l’instant d’avant -une seconde-  entre ses bras ? Un instant, une seconde, pour percuter en douceur ses secrets désirs. Elle ne le voit pas. Trop proche -trop loin. À deux pas l’un dans l’autre. Il y a des fois où on se fait presque l’amour tout contre dans la presse d’un trajet, sans même le savoir ou par devers soi.


La porte s’ouvre, elle descend.  Lui aussi. Il est à ses côtés. D’un geste sans appel,  il glisse  sa main sur la paume qui porte le cartable. Il impose sa longue main à lui. Plus rien n’est pesant entre ses doigts à elle. Elle lève les yeux.

 

Veste military, longue ouverte. Cheveux rebelles,  longs ouverts. Jésus en tenue de camouflage,  il se tient si près qu’elle en est toute petite. Pourquoi ne dit-elle rien ? Ne parle-t-elle pas ?...

Il se tient à ses côtés, comme un grand oiseau apprivoisé déroulant son silence le long de ses pas. Il porte sa serviette, tout en serrant son corps près de la fille médusée.

Parcours hypnotique, elle fait deux pas quand il n’en fait qu’un mais quelle amble intérieure, quelle élégance tranquille dans ce couple impossible!

Elle regarde ses pieds, il allonge le boulevard vers l’horizon. Porteur léger du fardeau des oppressions pesantes d’un après-midi en classe. Cadence muette. C’est bien.

Elle laisse faire, laissant surtout entrer l’impact fusant d’un geste envers elle, petite femme qui ne sait pas qui elle est.  A quoi songe-t-il ? Pourquoi reste-t-il muet reste-t-il l’inconnu ? Comment ou pourquoi le savoir ? Quel besoin, quelle envie, chez lui qui semble avoir dix ans de plus qu’elle ?


La rue monte un peu, il est toujours là. Elle se demande, quand fuira-t-il pour ne pas se montrer avec elle ? Mais il poursuit toujours, il avance tenant en balance la serviette, emplie de tout ce qu’elle ne retiendra pas de cette heure, de ce jour, de toutes les années plus loin.


La porte de la cour. Il s’arrête, se tourne vers elle, lui remet son sac. Elle baisse les yeux. Il est presque dans le soleil. Ses traits minces aiguisés, cette légère barbe et ses longs cheveux sur les épaules.

Elle dit merci.

Il dit…. tu ressembles à Anna Magnani.

 

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

jl 31/05/2012 09:52


un clin d'oeil de la vie du monde

clovis simard 23/05/2012 21:04


Blog(fermaton.over-blog.com),No-17. - THÉORÈME ADIEUX. - Comment te dire adieux ?