poematique expiraTOIre
lettre au poète qui n'aime pas les lettres.
je ne vous écris pas. je sais bien que vous n'aimez pas les lettres, pas les mots, peut-être seulement les miens d'ailleurs. non, je monologue. je fais semblant qu'il y aurait une autre nature, un autre goût, une configuration meilleure où la lune et Pierrot auraient eu une liaison vraie, avec de l'encre et des papiers.
où j'aurais pu allumer d'autre feu que celui de ma cheminée.
je fais semblant, un leurre comme on en offre aux bêtes pour tromper leur instinct, leurs désirs, leur folie. j'écris comme on essaie une robe, les escarpins de sa mère ou alors le rouge à lèvres et ses bijoux. théâtre d'enfant. la poupée est malade, elle a froid elle a faim. faut bien faire quelque chose. imiter la vie. les choses ordinaires mais qui ne sont pas.
je ne vous écris pas. bien sûr. soyez-en rassuré, ce n'est que de la littérature.
des oiseaux des violons de la poudre à chasser mes obsessions, à redorer ma santé, à justifier l'injustifié. j'ai bien pour mission de donner la becquée à l'imaginaire, une cuillère pour la vie, une cuillère pour la mort. pas de chance, vous êtes dans la cible. mais esquivez, tournez la tête et je ne vous toucherai même pas. j'irai là-bas dans le fin fond de l'image où quelque chose, une sorte divine peut-être, ouvre la bouche et me tire la langue.
je ne vous écris pas. mais oui. c'est pas pour vous, c'est pas pour le loin, pour le froid, pas pour l'hiver. c'est une jetée d'alphabet qui attend le hasard. l'amour ne passe pas son temps à cheniller ainsi l'éternel. patience de souliers ou patience de boiteux, on le sait bien qu'il faut de l'action, du réel de la vérité pour aimer... ce n'est qu'un exercice à blanc, pour un jour où vous passeriez pour de vrai peut-être .
ce qui n'arrivera pas mais oui.