poematique expiraTOIre
la nuit m'est apparue comme une montagne. la traverser, la grimper. j'avais le souffle si court. c'est cette manière qu'ont les fièvres de vous imposer leur délire, de filer pour vous de longues métaphores. je marchais dans un terrain qui ne cessait de me bouffer l'oxygène. mais il fallait y aller, monter, descendre à un rythme bien cadencé- le pouls sans doute- . et puis il faisait presque noir. il fallait écarquiller les yeux souvent pour discerner les passages, une sorte de buée qui rendait le paysage flou, comme balafré de zones méconnaissables. j'ai arpenté comme ça des heures durant le sommeil, le rêve et la touffeur de mon lit, en proie à ces confusions de réel et d'autre chose. ramenée parfois à l'état de semi-conscience, pour boire une gorgée de Coca puis repartie vers les mêmes impressions, tout cela en continu.
je me souviens du délire de l'enfance. les rayures de la lampe de chevet s'étaient mises à marcher comme des militaires, pas de charge, grossissant de plus en plus jusqu'à envahir mon oreiller et me faire crier de terreur.
et puis comprendre au matin que quel que soit mon délire, celui de la maladie ou celui de la douleur de mon âme, c'est bien cette permanence, cette reprise en boucle, ce patinage insurmontable qui en est la caractéristique.
patienter alors jusqu'à la baisse des fièvres.espérer la santé.