poematique expiraTOIre
Il a suffi d’un bruit insolite, presqu’un mot, non identifié en tout cas, une intonation particulière dans la voix de mes murs sans doute, pour ressusciter dans mon esprit en train de s’endormir une conversation venant de derrière une boiserie et me retrouver ainsi dans la chambre sombre des vacances chez ma grand-mère.
J’y allais la mort dans l’âme. Mes parents avaient besoin de larguer par tranches leur imposante progéniture dans des espaces sécurisés mais non sécurisants pour la crouillotte que j’étais. Me sentir déposée comme ça, dans cette maison qui sentait ses bondieuseries à chaque détour, me foutait les boules. Je disparaissais dans l’escalier de la cave, je fuguais, je m’éclipsais pour cacher surtout mes larmes, la peur, l’angoisse et la colère sûrement qu’on me laisse ici, entre les mains bigotes de mes grands-parents.
Et hier soir j'ai tout revu, tout revécu à nouveau,si parfaitement.
Senti le soir, l’été, cette lumière qui perçait dans le losange détouré du volet alors qu’il était l’heure de dormir pour moi et que la vie se poursuivait. Souvenu de moi, dans ce lit dont je n’osais jamais –surtout pas- investir l’entier, me pelotonnant le plus près possible du coussin.
Et ce bruit, le même, d'une conversation bourdonnant sous le plancher.
Il s’immisçait dans le noir et c’était comme une pièce rapportée supplémentaire à l’inquiétude qui avait précédé la mise au lit, celle vécue quand mon grand-père fichait toute sa famille à genoux devant le crucifix pour qu’elle y récite la litanie des saints et des martyrs, implorant un réveil plus heureux le lendemain. Dévotion des grimaçants.
Cette prière dure et humiliante semblait ensuite remonter vers ma chmabre, me pénétrer au travers des planches, au travers des os, comme si j'étais un passage obligé, comme si mes angoisses nocturnes allaient lui donner corps et faire soleil naturel le lendemain. Comme le tribut à payer pour mon innocence.