poematique expiraTOIre
mon père ne cesse de s'en aller. la maison est pleine de ses savates qui processionnent. le chat passe aussi. il étrenne les murs à angle vif. important de se frotter à l'espace et d'y gratter ses puces. le vieil homme fait dans l'invisible la gestuelle du petit fauve. il était Lion quand il vivait. les deux ensemble tiennent tout le pays, le mort et le silencieux. j'observe, tâche de trouver un terrain d'entente. ils savent des choses que j'ignore et en ont tous les pouvoirs. me reste le plus souvent à dresser la table où l'un et l'autre "rupent " à lapées larges mon instinct de vivre, mes pensées de maîtresse et d'esclave, chaque bout de l'existence femme.
je balance, je me rattrape je tombe aussi. le chat investit alors mon siège de travail et le père, cet espiègle rageur, fait sauter des ampoules ou craquer des portes inconnues.
j'essaie quelques vagues invectives, renvoie l'un et l'autre à leur panier, à leur cercueil. j'essaie d'en imposer. mais le chat est terrible avec ses yeux innocents et ses oreilles complices du verbiage post mortem. je devine qu'il se moque et je comprends que le patriarche n'en démordra pas de sitôt.
ils m'obligent à entamer des soliloques ridicules, comme une vieille anglaises adopte ses fantômes pour vaincre le smog de son coeur. je suis la commis d'office nettoyant les frasques du maître trépassé et celles du petit personnel.