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poematique expiraTOIre

dans la peau d'un mec...

 

Seuls les doigts…

 

 

Je, est un mot qui s’amuse

Tu, en est un autre voué à l’incompris

Il, toujours au centre de mon o

Elle, oiseau ou ange

Nous, liés lions liaison

Vous, ne peut qu’aller avec je, culte et offrande.

 

 

Sensation.

Elle m’habite. Aussi en deux mots. J’insiste. Parce que j’aime. J’aime le jeu des mots. Mais, plus ils sont indépendants, glissent tout seuls de ma bouche, mieux ils sonnent.

Incisifs comme je le veux. Parfois jusqu’au mal qu’ils vont faire. Tant pis. D’ailleurs, moins je les prononce, moins je les écris, plus je me sens acceptable.

Et c’est d’abord moi qu’il me faut tolérer.

 

 

Combien de mots pourtant ai-je sortis, éventrés de moi pour cette femme?

 

Sensation.

Là où elle doit être, là où elle est, là où je la vois. Ce n’est jamais assez bon, assez bien quand il ne s’agit que de paroles.

Je veux toucher.

Toujours toucher. Comme la terre, comme la peau qui me raconte. Après parfois, après alors, les phrases transpirent ou des mots solitaires sortent en spasmes de moi.

Je dis : baisons. Je dis : tu me raidis. Je dis : touche-moi…

 

La sensation.

Unique et si tyrannique lien entre les autres et moi.

Mon odeur mêlée à celle des femmes, parfois me monte au cerveau. J’éclaterais des vers, de la poésie en saillie. 

Ça m’innerve de la tête jusqu’au bas. Rien pourtant ne me parait plus expressif que de me taire.

Me taire. Terrer mon os. Enfouir dans ma chair mon goût de la chair. Enfouir ma chair dans le goût de la chair, en perte de langage.

 

La sensation qui est au bout de la main, c’est ce que je voulais. Et tout lui dire de mes seuls doigts...

Je m’en sentais capable. Visiter le grain, la texture et les géographies variables de sa peau. La mienne au service de sa recherche à elle. Pas un coin de mon corps n’aurait refusé d’y participer.

Conquête des territoires chauds et froids, oubliés, offerts ou imprenables.

Ma main en guise d’avant-garde, ma main pour les «  soulèvements des armées de défonce ».

J’aurais usé ma  paume calleuse sur cette géographie humaine, jusqu’à la polir. Puis y  imprimer le sceau de mes dents, l’extrême de mes mots.

Concentré, jus de paroles.

 

Je l’avais croisée. Hasard, nécessité ? Je ne me pose pas la question. A quoi ça m’avancerait de le savoir ? Un instant plus loin, elle passait sans me troubler.

Elle portait une tenue originale ; son regard tenait ma route, une distance sans trop de fioritures… Je pris mon temps pour la contempler. Et voilà.

Elle avait le volume. Tout ce qui m’intéressait à ce moment-là. Des seins, du cul, un visage plein. Loin des maigreurs et des sécheresses habituelles.

Je ne pouvais pas m’empêcher de la déshabiller du regard. Et je ne sais pas pourquoi, j’avais le sentiment qu’elle le savait et se laissait faire.

Elle n’était pas belle. Facile pour moi de deviner plis et texture un peu lourde de la peau. Mais ça m’était égal. Je regardais et elle était d’accord.

 

Sensation rare. Rare non seulement venant de mon fait, mais aussi de son accueil.

Je la dénudais ; je prenais tout qu’elle m’offrait. Sans le moindre mot.

Elle, je n’aurais pas pu dire si elle y prenait du plaisir. Quelquefois, j’ai imaginé ce qui avait dû se passer dans sa tête, à ce moment-là.

En fait, elle avait une longueur d’avance sur ce que je faisais, en avait conscience bien avant moi. Alors à quoi bon …

 

Pourtant, - et peut-être cela m’a-t-il rendu plus résolu encore dans ce que je voulais -, je voyais bien qu’elle allait contre ses habitudes.

Et je dois l’avouer, son offrande peu ordinaire ne pouvait que bander mon désir.

 

La sensation.

Je pourrais me priver du goût, de la vue, de l’odorat ou de l’ouïe mais la vie, elle me court sur la peau. Ma peau, des milliards de molécules à sucer l’autre.

Le seul envahissement auquel j’aspire. Sur elle, en elle, tout autour d’elle. Avec le plein qu’elle me fait quand mon épiderme se colle à celui d’une femme. Avec cet immense sentiment de solitude quand elle me rend à moi-même.

C’est le bord de mes lèvres qui donnent une marge à mon monde, c’est le creux de ma main qui le modèle et c’est mon sexe qui y invite l’autre.

 

Je la regardais et mon esprit transposait sa matière. Mon regard la conduisait à mes mains doucement. J’étais déjà la triturant et la moulant jusqu’à en faire un nid pour moi, une poche pour mon pénis, un écrin à ma peur si délicieuse d’enfant que l’on va avaler. Attente inquiète, excitée de franchir tous les interdits, les uns après les autres et d’abattre le mur des prisons.

 

Mon imaginaire est un vaste terrain de jeux, de danses multiples. Shiva aux quatre bras. Créateur, destructeur; démiurge du rythme et de la distance qui redessine le toucher. En l’air.

 

Elle me regardait avec étonnement et sans armure. Je ne savais pas cette soif d’animalité qui la mettait ainsi à nue. Je lui plaisais; elle ne pouvait simplement pas le cacher.

Ma peau est ouverte à la terre entière et je goûterais à toutes les saveurs.

Elle, non… Juste toi, me dira-t-elle.

 

Je dus aiguiser mon arme. 

J’avais de l’amour une idée monochrome. Pourtant, en théorie je savais.

Toutes les femmes bandent par les oreilles, selon le divin Marquis. Elles veulent entendre. Et moi, j’évitais d’éprouver pleinement le pouvoir du plaisir que l’on donne.

Certaines phrases vous engagent et c’est ensuite un impossible labeur que de tenter de défaire ce que les mots ont noué. Je voulais être sans laisse. Je ne voulais surtout pas statufier mes élans.

Je faisais de la prose, de l’écriture automatique, les liaisons abruptes de l’inconscient et du langage, ces sauts stupéfiants d’une émotion à une autre. Tout ce que je groupais au centre de moi, le cœur éruptif de ma sensibilité qui m’irradiait puissamment, ondes orgasmiques du creux de mon dos jusqu’à ma tête et l’extrémité de mes ongles.

 

Certes, je prenais mon temps. Sentir  et diffuser au compte-gouttes les subtilités des parfums émis. Distances bien placées, rythmes alternés entre pénis et vulve chaude, tâchant avec douceur d’imposer des figures. Le feu, le froid, le vite, le court et puis le terriblement long et lent. Concentré sur moi, concentré sur ce maximum de frétillements, de pulsations, de souffles qui m’assaillaient. 

Je cherchais comment m’exploser la peau et tout le reste…

Mais je me contentais de ma partition.

 

Qui étions-nous ?

 

Nous, corps de résonance parfaits trop pressés de jouer. Flûte et violon. Duo fait de solos. Nous avions à faire un  accordage indispensable.

Je caressais les yeux clos. Les yeux à l’intérieur de ma nuit, face à mes songes. Et je me laissais faire. Absorbé par des gestes qui me soumettaient entièrement.

Alors que ressentait-elle ?

Son plaisir est une impasse dans laquelle je m’enfonçais, je m’aventurais, sachant toucher bientôt le grillage qui stoppe ma marche tandis que loin, bien plus loin, les senteurs du ravissement poursuivent leur route en elle, me laissant prisonnier et seul.

Ces instants qui nous aspiraient l’un dans l’autre, ressemblaient à l’appel d’air de météorologies contraires, dépressions ou hautes pressions. Elle, vide et moi, plein.

Entre nous la lune, l’attraction des planètes ou celle plus banale de la terre. Echange des molécules, brassage des particules, tornades et simouns d’atomes, des galaxies de protons.

 

Je me vidais et me perdais.

Ma substance semblait servir à quelque messe secrète dont je n’étais qu’un munitionnaire fidèle, porteur des liqueurs que cette prêtresse avalait sans me donner à m’y désaltérer.

Je me liquéfiais et sans pour autant connaître la fin de ma soif.

A chaque fois, je succombais.

Insecte manœuvré pour des tâches qui le dépassent.

Noeud dont les innombrables veinules bourgeonnent en bras et branches.

Vigie à l’affût des oiseaux, des rapaces, des insectes ou des rongeurs.

Arbre, tronc de bois et d’écorce au feuillage touffu s’élançant à la recherche de l’air et des limpidités.

Sous la force des ondes qui circulent en moi, je perdais ma sève et elle se penchait pour en déraciner les eaux.

Je me laissais faire, les nerfs accrochés aux falaises.

Je bandais et dans cette posture plus que dans toute autre, j’étais dépendant de la grâce des respirations vitales.

Alors terriblement fragile. A portée de ce que les mots ne peuvent dire et de ce qu’ils peuvent faire. Au centre de la langue.

Ce n’est pas elle qui s’agenouillait. Mais moi, je ployais sous le plaisir.

 

Me laisser embarquer par la vie et le reste, ces nuages, ces vents, et la pluie qui nettoie jusqu’au fond de l’existence. La soif monte de la terre. Aspirée par la peur, par la solitude et par les dépôts de goudron.

Oui. Me laisser embarquer par la vie. Avais-je seulement un argument sérieux pour tailler mon sexe, en retenir la poussée quand celle-ci me venait comme une direction sur la route ?

Y avait-il une logique m’assurant de triompher des forces telluriques qui montent des profondeurs de la Terre et de la Vie ?

Je devais grandir en elle, probablement parce que le fleuve suivait le terrain.

 

On parle de plénitude. Celle de nous sentir entiers ?

Sexe bandé, je n’étais plus que parcellé, morcelé, départi de mon tout pour emplir ce membre, pour lui donner l’élan qui me projetterait vers l’autre. Brûlure, gonflement, induration si sensible qu’elle absorbait et ma pensée et ma matière.

Pour me recouvrer, l’unique moyen était d’encore la baiser. Me vider pour reconquérir ma propre dimension, qui m’échappait.

 

Il fallait cependant que quelque chose remonte vers ma bouche, que la parole, substance de l’esprit s’il en est, s’échappe de l’effet d’aimant de ma tige pour l’aborder. Parler. Lui dire ces quelques choses qui la feraient jouir de la force de l’eau, la pression électrique des barrages…

Mais comment contrarier le cours descendant de mon langage et faire revenir à mes lèvres des mots, tous ces mots qui attendaient, têtards à flagelle, de se jeter sur elle et de la faire vibrer.

 

 

J’ai besoin de sexe pour m’ériger.

Chez elle, le sexe avait du bonheur. Une intuition artistique en quelque sorte, créant de la friction de l’inconscient et du réel, sachant sans apprendre. Connaissant les enjeux spirituels de l’amour et ignorant les règles de l’église. Soumise au plaisir de la tête aux pieds. Ludique et légère. Légère, prête aux caprices remontant des siècles d’impudeur mais avec une terrible exigence : que je mette tout de moi dans les parenthèses que faisaient nos rencontres.

Un jeu d’amour. Les postures de l’offre et de la demande avec la souplesse que donne l’innocence… Prendre et recevoir, les yeux grands ouverts cherchant au fond du regard les failles et les séismes du plaisir. J’imagine que l’on peut extrapoler alors l’incroyable vertu d’un corps qui donne à un autre de retrouver l’esprit.

J’apprenais à aimer le son des cordes sensibles. Sorti d’un instrument dont l’archet m’appartenait.

 

J’aurais dû user de mes mots, d’images, d’aveux.

J’aurais dû le savoir…

 

Dans la bulle du plaisir, le ballon d’oxygène qui transporte ailleurs, il n’y a pas vraiment de place pour la réalité. La chambre d’amour et de volupté ne peut être touchée. Libre, volant dans le ciel de nos jours, elle tient dans la fragile élasticité du savon, magique et irisée. La baise c’est de la poésie. Idéale, tendue vers l’extrême, hors de toute limite.

Nous là-dedans, protégés tant que nos pensées demeuraient dans le globe. Solitaires et deux. L’instant du sexe est indifférent au monde; il est l’unique monde.

Les doutes intrus font éclater les eaux solides de la rencontre.

 

Mais parler de sexe à une femme et elle range cette conversation dans la rubrique sentiments. Alors, tant d’autres confusions imaginables et probables. C’est un tel mystère que les endroits dans lesquels elles logent les informations qu’on leur donne !

Je supposais son manque ; chez moi, le plein, chez elle le vide. Et l’échange était de l’ordre des vases communicants. Si banale constatation qui faisait d’elle et de moi des êtres en perte et en quête d’identité et de volume, pareillement.

 

Et oui, je baise sans mots…

Ils ne trouvent aucun chemin jusqu’à ses lèvres, moi si prostré dans le plaisir, sur le toucher ou les imaginaires visions qui me viennent. Ma parole s’enroule autour de ma langue, bute contre ma bouche. Alors je produis des sons, un dialecte viscéral, modulé directement par la peau, fait de borborygmes plus efficaces à atteindre l’autre que mon parler.

Son langage aussi pareillement, si singulier, que je savais entendre la vérité. A ce moment-là, ce bruit remontant des profondeurs de l’intouchable me disait que Dieu existe. Dieu, le Verbe.

 

C’était cette parole-là contre toutes les autres, cette langue de chair. Avec l’effrayant pouvoir de nos pensées réunies par le semblable plaisir, la sensation identique. J’étais un lexique ; elle le mien.

 

Pourtant laissés sans expression, sans termes, sans formules, les corps se muent en sable et nacre. Ce que nous devînmes.

 

 

 

Monte la ligne du mercure

Dans la colonne des osselets

Au pieu la tête et le cœur dans la paille de l’épouvante

Monte le jet, l’eau ou la lave

Tandis que cuit la chair dans des humeurs crématoires

 

 

 

 

il y a  deux hommes importants dans la vie: celui qui fait croire à l'amour et celui qui fait croire à la mort

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jl 31/05/2012 09:53


en plein dans l'mille !  

annaj 31/05/2012 18:25



j'ai ciblé un peu bas non?  ha!ha!



MU 26/05/2012 19:26


sublime !


 

Cathy 24/05/2012 22:17


impressionant ! j'aime ! ;-)