poematique expiraTOIre
quand on n'a pas d'océan, on parle du large avec un coeur en forme de petite cuillère. vider le désastre nous semble primordial et ce dépit profond et salé qui nous constitue pour toujours fiche des récifs sur chacune de nos histoires.
je n'ai pas de rives, l'ai-je assez hurlé déjà?
l'humaine bestiole en veut aux dieux depuis toujours et se dresse dans tous les corps fiers. suis une borne dans le vaste vide, borne qui refuse de s'allonger, sables debout. ta gueule l'usure l'érosion, même inévitable, j'ai le temps de l'alpe pour voir venir!
alors, je choisis des armateurs pour tirer mes stèles et rédiger le cadastre. de ces flibustes pour ronger avec moi les plages du désir. ils creusent les polders, organisent les anses et les marées: l'océan finira bien par comprendre que la place est à prendre et que je suis de la côte qui devient femme quand souffle l'esprit de l'eau.
continent de glèbe, de saponine à la bouche d'écume, sur toi, je navigue face à des herbes hautes. le vent moire les tiges. je devine que ce sera ce jour mer d'huile mais là-bas se dresse déjà la Cordillère des typhons.