poematique expiraTOIre
l
le sais-tu
tu es de la multitude des femmes-ombres
désenvoûtée de la vie une lame entre tes cuisses
un burin malade pour étêter l'envol
au nid de tes douze ans
quand ils ont saisi à ton sourire neuf
à cet air fragile qui te donnait des ailes
que tu étais des oiseleurs
ils t'en ont voulu sorcière de ton corps
ta mère qui avait encore ces mêmes cicatrices cousues à la peau
ton père qui gardait de son bâton le jardin du ciel
tes frères jeunes coqs au vol lourd et sans voyage
le sais-tu
on a défiguré la vie et l'amour
même aimante, quand ton corps se souviendra du paradis
affolé égaré dément
sur la piste perdue du désir
révulsée de ces cris qui croupissent en toi sans aucun espoir de mitrailles et de fontaine
quand bientôt lasse de revivre le sac du plaisir
tu compteras les viols qui bourrent l'âme et dépiautent la lumière
tu glisseras alors dans le royaume des mânes
tu feras sur la Terre cette blessure noire des esclaves
celle des chevilles de fers
celle d'une haine jamais nommée qui donne une vie de trop
ô petite l'oiseau de l'amour est mort
rentre dans ton souvenir
retourne dans l'oasis ancien de ton enfance
des ailes douces couvent pour toi un secret