poematique expiraTOIre
Toutes les lettres commencent par …cher…chère…
Vais-je la débuter ainsi… chère Anna ? … Plus rien ou presque ne me lie à toi petite fille oubliée, je crois, un matin bizarre où le monde t’a montré qu’il ne se laisserait pas comprendre.
Tu étais sûrement mignonne et les gens qui t’ont connue me parlent de ton imagination et tes questions. Il paraît que tu n’avais peur de rien, que tu grimpais sur les plus hauts engins, que tu marchais sur les tuiles du toit et que tu aimais par-dessus tout t’asseoir dans la petite rivière qui bordait ta maison, pour lire quelques nuages.
Personne ou rien ne te ligotait en ce lointain temps ; tu faisais sans que rien ne te retienne et sans peur...Tu n’avais peut-être pas le sentiment de ce qui se perd… Tout et tous te paraissaient dignes et bons et intéressants et pleins d’un mystère qui te happait vers eux. Et puis…
Il aurait été normal que nous poursuivions nos vies ensemble. Mais j’ai reçu comme un ordre d’exil, mon renvoi vers une terre inconnue…
J’aurais voulu te prendre avec moi et te mettre dans ma valise. Mais je suis devenue grande et lourde et sérieuse presque en une nuit et je ne t’ai plus recroisée. J’ai quitté ce monde dans lequel tu te mouvais et tu riais, pour entrer dans une autre dimension je crois …c’est comme ça que je le vois maintenant. Tu étais une enfant, j’avais mis déjà mon âme de vieille … et c’est ainsi.
Je suis lâche, petite fille. Tout ce que j’aurais dû être si je t’avais entendue… ! Si j’avais cru en toi et non en l’autre.
Ne viens plus tourner autour de moi ; c’est comme un éternel reproche que tu proposes à mon regard. C’est comme si tu étais ma propre fille oubliée dans un bac de métal glacé un printemps froid et pisseux… C’est comme si je n’avais plus jamais voulu entendre ta voix et ce monde d’oiseaux et de senteurs dans lequel tu étais … Bien sûr on me dira que jamais je ne t’ai quittée, que tu es et que je te porte encore… mais ce n’est pas vrai. Il n’y a rien entre nous, et le passé je l’efface à mesure que je finis chaque jour. Je ne garde aucune trace, photos et quand je sentirai que mes jours vont s’achever, je mettrai mes maigres archives dans un container. Je ne sais pas si c’est ainsi que cela doit être. Probablement pas. On est pour toujours l’enfant de notre enfance. Pourquoi je ne veux plus rien me rappeler, pourquoi je cherche sans cesse l’éponge à raturer ? Pourquoi et qui pourrait bien me le dire… en tout cas pas toi, n’est-ce pas ? Il y a des matins encore où je me demande comment faire pour éclater en milliard de poussières de sable de verre et enfin ne plus être attachée à rien… Il me semble que le monde est trop court encore pour me donner l’éloignement nécessaire et libérateur.
Tu es du même monde que ces gens que je n’ai su capter, que j’ai interpellés en vain et je n’aime pas me souvenir que je fus si incapable d’inspirer quelque chose de plus vibrant et affectueux.
Mais, pour contredire ma lutte épuisante pour être intouchable, il y a encore des failles.
un être doué d’une autre sensibilité, d’une autre réceptivité va me prêter ses yeux et il surgira de son art une image de toi que je saurai peut-être regarder, la photo passeport pour un peu de paix, qui sait