poematique expiraTOIre
http://www.rustin.be/ sur un tweet de Phil-Paul Lambert
c'est derrière. comme souvent quand j'aime un peintre ce n'est pas grand chose de ce qui est pleine face qui m'accroche mais le fishing mental du fond de toile.
les lieux hantent encore plus que le visage, la gueule, le corps, oui. c'est toute son histoire, le quotidien qu'il traîne ainsi, l'arrière-fond de cet instant saisi, cette décharnée déchéance qui interroge.
(un peu comme ces jeunes femmes avec une lettre de Vermeer, lettres dont le contenu invisible est le sujet même de la peinture.)
on sait que ce n'est pas le fruit du hasard, pas le résultat d'un événement brutal, mais le travail patient et inconnu de la démence humaine qui est à découvert. alors on est saisi de l'angoisse de notre propre inéluctable.
le regard ensuite. le tableau qui te regarde, y a rien de pire, de plus éprouvant en fait que cette seconde accroche dans un même espace. ce n'est pas vivant mais c'est obligatoirement toi et ta perception affolée de l'indicible qui sont en face l'un de l'autre. il y a du vitreux- les regards ne disent rien mais ils regardent assurément- du mutique volontairement mis en scène dans chaque tableau. c'est un échange entre quelqu'un qui ne sait pas pourquoi ni comment et un autre qui ne comprend rien de plus, en réalité.
"si tu penses que je saisis la vie! ah! non!! mais moi je le cache et toi tu me fais miroir! "
la vie elle-même est réduite à rien. ces sexes n'ont rien de vivant. ils sont ni plus ni moins que des poupées de son, des substituts, des béquilles. et songer ne serait-ce qu'un instant qu'un grand singe en a un meilleur usage -ce qui semble évident- est une monstrueuse baffe à notre société totalement assujettie au sexe.
mais le peintre l'a dit: ce n'est pas tant le sujet-invariablement répété- de ses toiles qui importe. chacun y prendra sa part de "paroles". c'est la mise en oeuvre du sujet, la construction, la variation...
pour le spectateur cependant, l'infinie répétition est en elle-même génératrice et multiplicatrice de la morbidité terrifiante que l'on sait être la nôtre.