poematique expiraTOIre
c'est mon histoire. du temps où j'étais de celles qui s'allongent par terre et écoutent bruisser la vie. la vie dans laquelle elles ne sont pas mais y sont toutes entières parce que l'air les traverse. les agitent peut-être. particules dénouées, molécules élargissant leurs immenses territoires, en voie de conquête.
je me tenais souvent à terre les yeux clos et je me laissais bercer. j'étais une enfant malade, une femme déserte aussi.
je n'avais vraiment rien à foutre et que moi partout. c'est dans un moment comme ça en hiver que j'ai ouvert les yeux sur un tableau. un tableau moderne, non figuratif, un tableau avec des choses dedans des collages des épaisseurs des couleurs. je ne peux pas dire que je suis entrée dans le tableau non -ce ne serait vraiment pas juste- mais il m'a tapée dans l'oeil. il m'a frappée violemment. c'est lui qui est entré. encore maintenant je suis incapable de dire quelque chose de lui. je ne peux jamais que mettre quelques mots dessus comme si j'attrapais des papiers qui volent , les confettis d'une lettre déchirée. il est venu je ne sais pas comment - hasard etc..on s'en fout- mais c'est comme s'il me déchiffrait toute, comme s'il savait mieux que moi qui je suis. comme s'il m'identifiait ou m'authentifait .. -est-ce qu'on peut dire ça..? bof je n'en sais rien. ce tableau- et encore d'autres après- apparaissant sous mes yeux m'a paru détenir le secret de ce que je suis et n'arrive jamais à exprimer... jamais. c'est à la fois beau et terrifiant parce que c'est sans nom pas de certitude rien de solide. c'est comme un mot sur le bout de langue, toujours, et qui ne sortira jamais.
sans doute est-ce pour cela que j'y retourne sans cesse. comme un joueur, comme si je misais sur une délivrance et que cela allait me donner le goût de me vivre