poematique expiraTOIre
représentations du silence. avatars multiples, extraits des psychés et des jours. il prend des traits paisibles et d'autres effarés. chacun lui met les images qui lui paraissent nécessaires. s' il y a bien un mot qui réclame la métaphore c'est celui-ci, car seuls les yeux sont finalement capables de lui donner une forme. étrangeté de la vie ou constance de la parole... qui sait?
pour nombre de gens, le silence est un bienfait, pour bien d'autres une part essentielle de la musique, perforant de ses trous la carte du bruit sans discontinuer. certains le voient à l'intérieur, d'autres au désert, sur la montagne... il suffira d'une image pour que je comprenne la qualité du silence dont ils parlent.
le silence qui est à l'orée de ma bouche, ficelé comme une prise à la chasse aux dires, pendu sur le côté de mon voyage est bien plus qu'un bâillon, une boule d'étoupe dans la gueule...
c'est un silence libre. sur une nacelle trop haut perchée, une nacelle sans balustres, dans un noir irrespirable. c'est là que je me tiens haute et disséminée dans le néant de charbon. et j'imagine, j'imagine sans fin... des choses qui n'existeront sans doute jamais, qui ne sont que des repères dans la divagation de la vie.- car ma vie ne navigue plus mais divague.
j'attends avec une frayeur en boule, ma bouche pelotonnée sous moi, des flèches qui partout sont tirées dans le hasard. j'attends que me transperce une parole je pense et que cela me fasse mourir, comme j'ai déjà mon quota de blessures et que je sais donc qu'elle viendra.
dans ce silence, quand je me sens assimilée, ingérée, engloutie souvent - qui est aussi parfois ce que je suis, noire impalpable cauchemardesque, je tire les mots au sort. oh! ce n'est pas pour jouer. c'est pour strier l'épais où je suffoque. ce n'est pas un jeu, c'est pour ne pas rompre le filet de protection qui me garde: écrire malgré le silence