poematique expiraTOIre
image alyssia bellivier
il y a la forêt.
comme ça, on pourrait la croire énorme, avec une fumée bleue très lointaine pour marquer l'horizon. on imagine que par n'importe quel bout, elle étalerait une vie entière sans atteindre la lisière.
là-bas, totem assis, tu veilles aux lèvres de l'aube et moi ici j'essuie le dernier lait du jour. dos à dos, la tâche de cire des vigiles des saisons.
quand vient ton heure tu te dresses un peu, tu ne voudrais pas rater mon message de feu et de nuage et dans le crépuscule, j'espère qu'une lame me fauche et que m'emporte et m'élève la roue qui va.
il y a la forêt.
un chemin bref, des végétaux maigres,- on sent le bois neuf- avec à peine trois zigzags, du buisson, du fourré, de l'oiseau apprivoisé et des traces de vélo.
et puis, comme fichées dans cette broche de verdure, nos existences muettes, suture de feuilles et de bouleaux, la cicatrice striée de fûts et d'aiguilles d'amour achevé.
on a prélevé là- dessous un organe vital, fait un trou sous la peau, - cette dépression de terrain où repousse la forêt- un affaissement qu'on ne sait pas remplir.
nos reins peut-être quand on se chevauchait et se montait, plaines oubliées du désir, jachères fauves.
chaque nouveau jour
chaque nouvelle nuit,croissent mes sauvageries.
nous allons ignorer, sais-tu, que nous nous sommes aimés...
ignorer aussi le pourquoi tu gardes l'aube et moi la nuit.