poematique expiraTOIre
je tire shostakovitch sur le soir. une dernière pluie d'un piano qui tombe entre les doigts. on dirait une volée d'épingles que giffle pas hoquets un vent artiste. j'écoute et plus loin beaucoup plus loin encore que tout ce que mon bras compte de javelot, je vois s'écouler le pays. je fus un instant un charme là-haut ou l'orme solitaire quand je vivais sans penser jamais. ni triste ni heureuse je naviguais à la rame des jours. j'étais femme sans désir arrachant à la pioche l'existence dans le sable des brumes, acquise proue de la laideur. j'avançais entre des fosses et j'ignorais la mer.
je tire shostakovitch. il s'entend à merveille pour me faire revenir, depuis le bord percé du monde où il semble que se jettent les pelures des vieilles vies. je ferme les yeux. ce piano qui rôde...et ce sentiment de me perdre sans obligation de retour.