Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

poematique expiraTOIre

Publicité

M.

 

 

 

 le Messager - the Go-Between - de J.  Losey  tient une place très spéciale dans ma mythologie personnelle. on a tous, j'imagine,  comme ça deux ou trois choses qui se révèlent au fur et à mesure de la vie avoir été des marqueurs indélébiles. ce film fait partie de ces moments signifiants.  il portait en lui quelque chose qui prit lentement et définitivement une place essentielle dans mon existence. il ne s'agit pas tant du secret en lui-même, avec sa puissance explosive en attente de tout faire vivre ou de tout détruire, que du lien particulier qui se crée  entre les gens de par  le secret.

ce privilège, cette exception, ce qui, en fait, rend l'intime particulier et exceptionnel m'a paru toujours fortement lié à la valeur personnelle, à la place que l'on tient, au rôle que l'on a à jouer. être dans le secret, c'était  être tout court à vrai dire .

lorsque ma mère mourut, mon père était encore jeune selon moi. il avait cependant une idée romantique excessive d'un autre siècle de ce qu'était l'amour, ce qui le conduisit invariablement pendant les 15 années suivantes à se rendre journellement au cimetière pour la pleurer.  je trouvais cette dévotion parfaitement exagérée et pas du tout digne d'admiration. mais il ne pouvait faire autrement.

vint alors un temps où il retomba amoureux et d'une très belle femme. celle-ci, plus jeune mais pas trop, se trouvait travailler dans le même endroit que moi.  je l'appréciais et cela me ravissait de voir mon père redevenir, revivre tout simplement. leur histoire ne m'appartenait pas et je m'en trouvais bien.

lorsque mon père tomba malade, la présence de cette femme a dû lui être essentielle. trois ans durant, il lutta et je savais qu'il le faisait juste pour elle, pour ce rire qu'elle avait, cette intelligence, ce raffinement très féminin qui le séduisait et changeait ses jours en bonheur.  ils échangeaient certainement plein de choses dont je n'ai pas la moindre idée. entre eux des lettres, des coups de fil aussi réguliers que la prise de ses médicaments nichés dans le semainier.

mais la maladie le rendit sourd et il fut à un moment si mal en point que l'ordi devint impraticable pour lui. la communication était interrompue. c'était l'extrême solitude que rien ne compensait à sa satisfaction. mes venues journalières ne lui apportaient rien de plus qu'un certain confort, je le savais bien. l'amour était ailleurs. alors il se mit à écrire. avec une obstination aimante et amoureuse, ce vieil homme tremblant et hagard prenait du papier et rédigeait sa lettre quotidienne. il prenait une journée toute entière sûrement pour le faire. il écrivait à M.

le lendemain, il me tendait sa lettre fermée, et murmurait, confiant dans sa messagère ..."n'oublie pas la lettre...".

je  posais l'enveloppe dans le casier ou sur le bureau de ma collègue. ce manège dura quelques mois.

 

jamais elle ne lui répondit durant ce dernier été où il l' a cherchée dans tous les mots.

je ne sais toujours pas ce qu'il lui disait mais je me souviens si clairement de la douleur pointue que cela me faisait de savoir qu'il ne m'écrirait jamais et que jamais non plus je ne pourrais lui porter de réponse.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article