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poematique expiraTOIre

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libre

un jour, c'est exact précis, impossible de ne pas s'en souvenir, de ne pas marquer cet instant en soi, avec son îlot de cailloux blancs, un jour, vous avez définitivement rompu l'amarre, soit parce que vous le vouliez soit parce que le temps avait décidé de vous y aider.

il était là devant moi, jamais je n'avais encore écarquillé les écailles pour le regarder, ce père à la stature trop imposante pour qu'on osât lever les paupières. il était face à moi et ce que j'avais à dire me semblait d'une importance très élevée, baromètre aux taquets. il y avait en moi déjà une volonté démente pour oser l'abordage, pour oser entrer dans le territoire interdit. et là je venais de sauter à terre. j'avais encore les genoux plein de l'eau des débarquements je m'aventurais vers le danger le plus direct,  le ring monstrueux. 

mon père se tenait un peu de côté comme il avait pris l'habitude d'être, regardant dehors tout en te causant dedans.  qu'en était-il de ses liens avec ses enfants? prononcer l'innommable, dire combien il devenait dur et difficile de se sentir soi, face à l'évidence des déceptions qu'on lui procurait...

je l'avait dit. je pensais en moi-même que j'étais fière de mon courage à deux balles.

la réponse sembla sortir d'une masse brûlante.  un vent d'épouvante me saisit au collet. colette!

sur le pas du retour, je laissai la porte d'entrée tomber comme un couperet sur mon histoire.  une mue neuve et ordinaire avait fait de cet homme un être plus commun encore que moi-même. il venait de défroquer devant moi de sa statue de père. j'étais libre, en route, banale et enfin, enfin, seule au monde.

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