poematique expiraTOIre
photo urbain-trop-urbain
je longe le terrain vague dans lequel des chats malades miaulent. impression galeuse, mitée de partout, avec beaucoup de fièvre et de coryza qui sautent d'un tas à un autre, parmi les gravats ou les touffes d'herbes.
ces chats dont les présences stupéfiantes me font maintenant peur et pitié à la fois, comme si leur proximité allait me rendre sauvage et me vouer moi aussi à leur mort prochaine, accroupie en rond sous les branches et les tôles.
je ne les comprends plus alors que je les caressais il y a peu.
quelque chose a rendu leur pelage ébouriffé et troué, leurs flancs creux et a roué leurs cris de bris de verre. ils portent un masque morbide, qui me renvoie à celui de ma peur je crois, celle que je n'arriverai jamais à traiter, à soigner, et qui est celle du miroir déformé.
comme autrefois les pestiférés ou les lépreux faisaient fuir, ces chats me flanquent la frousse.
mon oeil, dans ce vert de pupilles, ma voix, dans ce rauque feulement, ma peau dans l'équarrissage de la souffrance. ces démarches qui vacillent, ces éboulements de pattes, cette sorte d'ivresse debout, que je vois. cela doit sans doute résonner en moi d'une étrange manière, enflammant ma détresse et un rejet que je ne peux maîtriser.
j'allonge le pas. quitter au plus vite ce no man's land dans lequel une indéfinissable partie de moi retourne à l'état incurable.