poematique expiraTOIre
je lis...
alors que les jours semblent s'acharner à vouloir me proposer de nouvelles disparitions, des effacements, comme si je m'étais baladée dans un road movie et qu'aucun personnage n'avait jamais eu de réalité et qu'il me fallait admettre cette légèreté de vie et de mort qu'instaure implicitement le jeu du Web
alors qu'il semble de plus en plus évident qu'on éradique d'un coup de frottoir les gens, les renvoyant à des silences irréversibles
alors que c'est une manière qui s'est non seulement imposée mais qui ne semble être l'objet d'aucune réflexion personnelle éthique sur les rapports que l'on entretient avec l'autre, réalité ou pas
alors donc que tout cela, -des pans de vie- s'écroule laissant apparaitre autant un simple dénuement que parfois la dévastation
je lis... Makine
chapitre après chapitre, avec l'authenticité poétique de son écriture, il me raconte comment, attentif à la vérité intense de la vie, épiant la profondeur non mesurable de certains instants anodins ou sans influence, moments éthérés presque, oui, il me dit comment une image,- un vase avec des fleurs étonnantes, un jour dans une pommeraie, les regards d'un infirme ou l'enfermement bref de son corps dans des échafaudages abandonnés- , comment ces infimes heures ont marqué son existence d'un sceau essentiel.
et je parcours la mienne, avec un regard proche, terriblement ouvert. je recueille l'écume prise sur la vie de ces autres qui s'effacent, disparaissent de la mienne. ils n'ont aucune idée de l'importance et du prix qu'ils ont donné à un incident, de la couleur unique et d'exception dont ils ont peint ma vue par exemple, ou du sens que j'ai soudain trouvé à vivre tout bêtement.
et me laissent si étonnée, douloureuse, de n'avoir pas eu à mon tour d'incidence, aucune assez, du moins sur la leur pour demeurer.
me faut ajouter ceci à mon article suite à des RTs émus
aucun lien n'est virtuel. il se développe peut-être à partir d'un univers "qui ne prend pas de pot au bar du coin" mais se développe. je veux bien admettre qu'il pourrait y avoir une différence entre ce lien-ci et cet autre-là, comme un manque d'incarnation; mais le coeur et l'esprit fonctionnent pareillement et indubitablement lien il y a.
en apprenant la mort de twitteur-euses, régulièrement présents sur mon écran, - personnages dont les sensibilités ont touché vraiment la mienne-, je ressens une vraie tristesse, qui n'a rien de plus virtuelle que celle que me fait la mort d'un des miens.
leurs impacts intellectuels, affectifs, poétiques me changent, me forment, m'enrichissent. comme leurs actions peuvent parfois avoir des conséquences douloureuses et graves.