poematique expiraTOIre
un écrivain a toujours un correspondant, un compagnon des mots comme lui. ils s'écrivent avec des entêtes, des dates précises ou alors se jettent des phrases d'une banalité urgente sur des nappes en papier ou des cahiers déchirés. ils y tiennent. c'est pour vérifier dans ce miroir épistolaire la réalité du reflet qu'ils montrent aux autres. le correspondant permet de réajuster son chapeau, de replacer une mèche, de s'assurer que le costume ou la robe sont de bon goût...
cela va bien plus loin que ça bien sûr, plus profond que le détail. le correspondant est le premier lecteur, celui qui donnera réponse et qui mettra ainsi l'écho du monde à la portée de l'écrivain. entre eux se joue en version amplifiée et annotée- comme le mot convient bien ici! - l'histoire de l'écrivain avec son lectorat, l'impact de son écriture sur l'autre. et cela, même si jamais, ils ne parlent spécifiquement de leur travail. cette correspondance est une représentation duale de jeux et rapports de l'écriture avec le monde.
plus riches encore peut-être ces correspondances où il ne s'agit plus d'une oeuvre dont on se parle, mais d'une oeuvre qui naît de ce duo, ensemble, lettre par lettre, animée par la vie même et non par le rapport que l'on entretient avec la vie et qui est parfois la littérature. cela exactement précisément comme les lettres d'amour construisent l'amour, l'édifient et le font plus ample. dans cette sorte d'échanges, l'intime est à fleur de l'écrit, le secret est toujours à la frontière, à l'orée humaine. cela ressemble au sexe que se feraient les anges, soit la poésie en chair et en texte. pour peu alors que les deux messagers soient dans la sublime possession de leur langue,alors quelque chose de l'ordre de la puissance et de la magie apparaît et fait ouvrage.