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Boîte de réception

 

Journal poétique

 

 

 

 

 

Anna Jouy

Grand-clos 16

1754 Avry-sur-Matran

colette.gail@gmail.com

 

 

 

 

 

 

 

 

étreinte de la fatigue disait-il

mon élytre immortelle est couverte de grisaille

 je tombe sans être la chute

 je chute mais ne suis ni la perte ni le bitume

n'avoir que le fil déroulé  des hélices du frêne. -mais qui verrait le vent sans moi- ?

mon aile lasse

mes épousailles de sol

pellicule d'une saison d'arbre

 très lentement le pliage parachute

ce qu'il y a dedans demeure.

 

 


 

dans la boîte

pas de niaque, qu'une lenteur qui mime chaque geste. la source sèche doucement .les fleurs en pot baissent la garde. ma soif  qui brûle la gorge et l'envie. je n'existe pas. j'essaie d'intégrer l'état vaporeux de l’évidence. dissoudre esprit, pensée, poème  dans l'amplitude du vide.  je transvase le feu dans une vasque brumeuse, sa chaleur se dissipe, liquéfaction obligatoire. je n'existe pas, c'est la buée du silence.

 

 

 

dans la boîte

 les petits os sucés après l'amour.  dépucelage dépecé des «  love affairs » . le jeu du hasard les envoie en l'air et ils retombent loin, de l'autre côté de moi. l'amour regarde ailleurs. il longe d'autres hanches qu'il rongera plus douces et des deltas plus chauds où naviguer à cru.

 dans la boîte,  mon désir démembré  qu'un lancer éparpille.

 

 

dans la boîte

réduction d’avenir. tassement de mots au fond du tamis, paquetage de recueils à brûler. cendres de poème  au crématoire. peut-être un encensoir.

ni oui ni non disent les fumées

 - elles, si vite éparses-

tout disparaît hors du tirage magicien.

 

 

 

dans la boîte

 un ruban ADN. je suis un homme et mes jambes arquées sur des douves de Terre  éperonnent l'aventure. je grimpe moi aussi sur des fusées, de la bête tendue  des projectiles assassins, me laissant vidée petit tas flasque au pied de la Lune. j'ai des volontés de conquêtes, du javelot de servitude, je chasse diane d'aube à diane couchée  avec mes chiens de désir humant les bestiaux. je suis moi aussi du silence outragé, de la caverne, du pavillon noir.  je chique mon humeur et mon ressenti et je monte,  je monte mes camardes en serrant bien les cuisses. j'entre en sagittaire, je cible la mort droit dans l'œil. moi aussi, j'use à la lime ma prison, les dents jaunies de n'avoir jamais d'eau et j'ai contre le ciel des rebellions sans répit. je suis le mâle de l'espèce, l'ensemeur à la dispersion, par poignées de grenaille. faut bien que quelque chose me survive.

dans la boîte

 je garde cette part de moi raclée au rabot à force de me frotter à toi

 

 

dans la boîte

 marqueté de doigts et de césures, l’essor plié, papier en deux avec dedans ce secret qui parle d'éternité puisqu'il sera ainsi à jamais cachant des astrologies d'amour. j'innove en poivrant de feu ses parfums

 -le message est parfumé-

à ton œil une minerve ajustée de soleil. j'envoie bouler les mots autour du voyage, d'un direct de pichenette. ils volent d'un savoir appris comme on se découvre être du gynécée des migrateurs. ils volent, monôme d'étourneaux dans des géométries célestes, prêts à partir. il suffit maintenant de la dernière détraque de la pesanteur et ils iront. moi avec. oui, je me souviens, j'ai déjà volé d'un simple regard.

 

 

dans la boîte

 couvercle et décor, collier posé. les mots bijoux de mémoire. une enfance de poème avec la fracassante rumeur qu'on a de vivre. je n'ai guère plus rien à dire,  comme si depuis longtemps tu avais inventé la terre et le fruit et le reste qui s'en va sous du vent. je garde mes doigts fermés, parce que le mystère s'envolerait.  déjà il n'appartient plus qu'à mon souvenir. je veille des fragiles, des fugaces, des rêves, brumes et nues qu'un soleil dépèce. de la chair. le temps passe l'étrille. que va-t-il rester du  sable et de l'eau qui est née dans la bouche...la boîte.

 

 

d'un bout à l'autre du temps, marcher à clochepied sur le tranchant des semblances. ça boîte pas mal, de l'art monojambiste de maître. j'ai levé ton amour du pied gauche et depuis faut jouer  du balancier pour rassembler les tremblements sur le fil. je suis de la tribu des perceurs de crémol. ma lacune est de l'ordre des cratères avec des lèvres de cendres et des bourrelets de cicatrices. tes plaines sont à peine vérolées de nids de poule. comme si soudain on pouvait rétablir les déséquilibres avec des ordonnances de gelure et de blizzard, et me voir autrement qu'étrangère.

 

 

dans la boîte

 un fond de poudre. le temps à la rondelle. et ce reste, cette cendre de combustion interne. je fais du petit bois. du tas de planches,  de l'abattage de palissade. un décompte de fentes un décompte de murs. le temps dresse des bordures hautes, des frontières entre zénith et nuit.  je longe l'œil aux abois. sur l'autre face, un iris jaune, la pastille d'un soleil borgne me suit, spot indélébile sur Caïn. je songe prendre ainsi une balle divine entre les deux yeux, qui me laissera sa trace de poudre sur le lieu du crime.

 dans la boîte

 la tête  la mémoire. 

 

je suis de la plaine, de l'étendue herbeuse, brin à brin décapée. force parfums verts tendus dressés, le vent m'écrit. ondoiement égrené de pousses à terre, à ciel. dans mon dos des laines et les racines pendues des  montgolfières et des ballons, vibrations en continu de banderoles végétales, pleine terreur et cahier volant. j'écris.

je suis de l'arbre vertébral,  des veinules et du sang,  mon crâne ouvert à la coque  sur les labyrinthes d'azur.  je connecte des oiseaux à des gammes télépathes, les jets nimbus les coucous cumulus.  lignes intérieures sur lesquelles j'écris.

je me glisse je pénètre  des éponges, m'enfonce à disparaître, adhésion de transparence et de jus entre les strates de la vie.

entre deux eaux

entre deux airs

à fleur de sol

je t'écris

 

 

 

dans la boîte

une voix. entre deux élastiques. une guimbarde enrouée.  une histoire. entre deux menthes ou deux cigares. je bobine je débobine. reprendre sans fin les mots, des inflexions râpeuses, une écharpe au col ou un poème ... quelque chose qui flotte longtemps dans ma gorge avec un nœud et un écart. je bobine  je débobine. j'apprends par cœur mais chaque fois me trompe et viennent d'autres sons.  interférences. articuler un  regard, d'un geste tu ponctues. je tente de voir , tout cela n'est pas dans la boîte . je bobine je débobine.

-qu'y avait-il dans ta bouche quand tu as parlé, miel et pharynx, dans quelle salive tu trempais? tandis que j'écope  en boucle une voix qui sans fin s'agenouille et rompt à chaque tour de taille.

je bobine je débobine, perte et profit. endurer un coup d'écho.

 

 

dans la boîte

 la fureur et la glu. la fureur et la projection crachée des tribunes. j'envie pour longtemps ce cri et l'avenir qu'il perce comme un  diable tunnelier, je me tiens à côté. l'orateur prophète  montre loin devant un avenir perdu, le triste aux bras coupés, l'impuissant langé de linceuls et cette salive que cela lui fait d'en discourir et d'en mourir. il sait et tend le cou de poster à cœur de nefs un autre monde qui ne viendra jamais. ravale. il poursuit  car vient toujours un temps où dire ne change plus rien mais vous garde alors indemne, avec une foi intacte et une colère enfle.

et puis la glu pour la tombe. pour les palettes sans lumière qui font chaque nuit l'identique miroir. il ne suffit en rien d'une fureur pour se faire un élan. en soi il y a le pieu vissé des fers des statues, et quitter son corps ou son esprit ne construit encore aucun départ. je rêve certes, j'ai grimpé déjà le mur et le jet d'eau qui font ta cour mais je suis de fait rivetée, ici dans ma boîte,  sève poisseuse d'un arbre à sa blessure.

 

dans la boîte

 je glisse un résumé de vent. mon bureau mal isolé toujours sifflant dans mon dos quand le temps se gâte. je me colle contre le radiateur. je cherche la chaleur et planquée, adhésive, à ne rien faire un moment, je regarde. dressage au fouet, le vent remonte les branches d'un couple de sapins rouges, force sans discontinuer.  j'observe la danse molle de ces vieux conifères, comme des terriers afghans, le cou bien droit et cette valse velue tout autour. longues branches lourdes avec leurs charges de longs dreads et d'épines. je contemple cette statique mouvante, le balancement sans contrôle de ces danseurs immobiles. le vent crache à l'horizontale, rayures de pluie sur mon après- midi et la forêt là sous mes yeux qui ne connaît ni froid ni écharpe, secoue. je ferme les yeux,  ce long voyage que je ne ferai pas. car si je tiens le bout du souffle, jamais je ne toucherai la fin du ruban

 

 

dans la boîte

 mille feuilles de mémoire, le bréviaire des jours. piliers d'agenda, les gratte-ciel se mêlent les pinceaux avec des gratte-papier. la forêt se dénude et plus le temps passe, plus surgit ce relief de veines et de sèves;  pages à terre l'écritoire  en chute de ciel. l'éphéméride s'amincit, l'existence bientôt sans substance d'un côté et ces monceaux de faits, de gestes, de caillots d'encre sur des buvards sans importance de l'autre.

 

j'entasse les mots, j'édifie le livre, j'engrosse sans cesse le temps de paroles. mais plus se construit cette épaisseur de messages, plus s'élime mon essence, se rabote mon importance et mon sac de viandes. vases communicants. je déverse ma matière dans un monde littéraire, j’élague ainsi la touffeur sauvage de la jungle de ma vie.

 

je toucherai sans doute une clairière.

 

est-ce dans l'entre que se tient le tout? lumière et ténèbres.

 j'ai les bras ouverts et l'espace.

 je suis de l'aube, de la baise à la pénombre des peaux.

de cet instant écarté, du mystère et des furies de lumières.

parfois l'émail rouge de la pluie glisse sur mon cou. parfois dans mon dos, le songe des souffles. parfois ces pâleurs de paupières ou alors la nuit.

dans mon rêve, le temps se dilue et je disperse l'univers en éclats de raison.

en plein jour je plonge mes racines dans des humus vivants, je déplie le réel jusqu'au soleil.  je suis deux toujours, femme homme, âme de sang et lumière noire. je me tiens écarquillée à la fente du temps,  aurore.  grise d'aucune tristesse mais d'une folle ivresse.

 

 

 

 

 

 


 

à rebours de reçus

 

17

 dans ma décapotable rouge, je couds la route une ligne au centre, blanc faufil de voyage, j'ai rendez-vous à la lisière, au soleil couchant dans les motels de nuit. je trace plein gaz  comme on déchire ses draps ou ses habits, avec ce bruit pareil d'étoffe friable. je me départis comme s'usent les météores à faire tout feu  tout flamme, une ascèse magistrale à force de kilomètres et d'éloignement. je flèche le minuscule, mon point final  s'écroulant à cours de jus et de substance....

décapotable rouge,  cheveux au vent et cette longue écharpe blanche, route pin up. road movie... et moi en guest star catapultée droit devant jusqu'à mes frontières émaciées et mon petit fuel de poussière

16

 

ne pas chercher, tête à queue. je ne sais à quoi ressemble le champ de mémoire. on dit de fermer les yeux. je le fais mais pour si peu, si bleu... le frottoir passe sur mes craies et j'évide le noir. je ne veux plus y penser sans doute, comme les failles et les traumas tranchent net le nœud du cerveau. je fixe le présent avec des œillères et des post-it.  où ai-je rôdé, quel fil ai-je tendu d'un sens d'hirondelle? à pinces sur les mirages et  le linge au vol, j'avais presque créé un monde, un bras de terre entre ici et ailleurs. je songeais être résidente privilège. il m'importait peu de n'avoir pas plus de largeur qu'une ouverture de bras, ma plaine était éternelle, loin. je contemple le cercle de mon ventre, de mes seins...la toupie des têtes en l'air.

15

trafic intense, je mène campagne. nue nature et route sans allure. le bruit de mes bottes déclame la seule guerre des lieux. silences parmi la marche,  je reviens aux petits pas, au tour du bled en trois étapes avec ravitaillement. faut que j'use le temps que j'use ce bout à bout de nuit et de jour,  que j'use l'espace que j'érafle que j'égrappe le pavé. train forcé tête baissée.  pendant que le bleu baise l'orage, je "tute" du front mes lourdeurs et mon humeur indigne. j'avale le parcours  une fourmi après l'autre, à la semelle. je tire à moi le temps corde nouée autour du poignet, je varappe à l'horizontale. tout ce que je ne peux, ces impossibles bien fichés dans ma vie et qu'il faut prendre à bras le corps. il y a  cette distance sans mesure, je n'en verrai jamais le bout. passer le temps à réduire  la distance.

 

14

j'étais fille sage, images d’image, j'étais femme parfois, salope aussi, en tout point comme un ange.  j'étais fille des cordes à mon sac et des chapeaux à mes aiguilles. j'avais le sang et puis le vide, le rouge partout  j'étais fille, c'est comme ça qu'on  dit. de la couleur de certaines étoiles et des blessures avec du noir autour, et une volière coquelicot à porter jusqu'aux fanes. j'étais fille, les lèvres à mes lèvres, parole ô le désir, parole ô le plaisir, fille à se chercher un maître, à se vendre à un feu pour de la nuit à mettre en quarantaine. j'étais fille emplie de sabots, démons et chevaux, emplie des libres plaines, avec pour seule bague le nœud coulant de l'horizon. rouge crépuscule ou rouge lendemain.   à la saignée des chemins

au troisième top il sera mille kilomètres de noir majeur entre mes blanches, de la vidange d'horloge au mètre écart. je compte jusqu' au bout de mes doigts, mêmes ongles rouges à chaque passion, mêmes soubresauts de soupirs et crochets d'alarme.  couleurs radicales. pourquoi le temps a-t-il un pouls comme moi j'en ai un et qu'aucune fleur?  drums drums chassés dératés imperturbables, partout des sémaphores, des  giratoires, des indics à la dégomme de la route. et moi toujours à fond de caisse, pédale secours et monomaniaque de la roue qui tourne. je regarde l'aiguille au compteur. avec un full à la déveine. je tiens mon souffle hautain, jaguar ou puma,  pourvu que ça avance et que j'avale la distance au temporisateur pneumatique mes kms par jour

 

 

13

Petit ciel stress. J’ai la peau feutrée de froid, je glisse entre des couches de noirs, celui du ciel, celui des arbres, celui du bâtiment….Tête bien bouchée sur mon col, flacon secoué, mes talons dans les pavés chaotiques. Je n’ai rêvé que de conneries habituelles, de ces faux rêves qui collent au terrain. Travail travail.  Là-haut une fine rayure, un avion passe. Et j’ai la tête basse, roulures et feuilles. Chacun son voyage, le mien est une perforation intime, pétroleuse du quotidien. Faudrait pas m’écarter des champs de derricks, de la vie anthracite. Je fugue à la raclette, petit, moindre. Pas me fouler d’aventure. Les matins à l’identique, les soirs mode bœuf, les nuits à l’avenant. Et ce temps qui s’épuise entre mes doigts, que je regarde s’en aller en me demandant quand passe le prochain train ?

Je tire sur l'élastique, le monde s'élargit, immense et long, tendu entre mes dents et puis je tire encore. j'attends de voir venir la claque sur mes lèvres, la distance aplatie sur ma bouche, flaques et saignées de gencives. Bien fait!

Mais je ne suis pas encore allée assez loin, la manivelle tourne, la roue poursuit son supplice. Je m'écartèle lentement avec ce bruit de déchirure aux jointures, - mon amour tu me disjoins?- étirement, l'âme résiste encore mais déjà mon cri monte et creuse l'usure.

 

 

 

12 

le vent trie mes impasses, boucan du diable, cette chute d'air pur qui corne sous les murs et moi à l'arête des frissons. j'ai froid de ne sentir que ces aciers célestes, boréales transparentes qui tombent en couteaux. décembre à la tire. je navigue entre des lances de vent et des linges mouillés. empaquetée dans mes os. ça grelotte. je ferme encore les yeux, à quoi bon les ouvrir, je n'ai plus rien à voir et l'autre côté n'est qu'un songe de plus. dans la chambre secrète,  la mémoire vire en feu. je me souviens que tu as tremblé toi aussi, une autre vie peut-être, et que j'avais la fièvre. tu m'appliquais tes brûlures comme des cataplasmes. tu disais aime-moi de tes lèvres ventouses et je montais en graines comme une âme de geyser. oui  tu disais aime-moi à des brisants de froid

11 

impudeur chrétienne, on ose  exhiber sa cervelle exposer ses savoirs. jamais son être. munis cautionnés de ces arrogances culturelles on prend pouvoirs. on goupillonne du bagage livresque, on branle son arbre de la connaissance, on asperge, on arrose large avec références. on se démarque du vulgus, une tête bien pleine au-dessus.

sans se douter que c'est bien cette indécence-là qui désunit qui disperse qui fait secte. je me réclame de mon cul, de mes bras chauds,  du souffle mêlé. dans mon lit il n'y a jamais eu de guerre et mon sexe est béni d'entre toutes les femmes.que la poésie soit,  pour les siècles des siècles, du verbe liquoreux des unions de chair et de sens. à jamais abolissant notre distance.

 

10 

froidure aux trousses, tous ces cinabres fendus dans un bâillement d'aube. il fera un temps épouvantable on en prend le pari. à matin rouge  des dérouillées de pluie. je rentre mes distances  par- dessous la porte. un vent froid y passe. l'hiver me remonte dans les lombes, otage de cambrure. ne plus bouger, cultiver l'inertie et prendre la posture profil bas. je rétrécis mes surfaces tendres, mon terrain de jeu. moindre  jusqu'au marbre implacable des statues. le jardin raidi, le corps et ses laines feutré, j'oublie l'angora de mes amours. pétrification lente. les femmes aussi. l'heure est aux caillots de glace pour des phlébites de sèves amoureuses. je garde le lit, allongée. obligation de chambre.

 

 

9

j'y arrive. c'est le neuf, le frais neuf, en ronflant du moteur  neuf  neuf  neuf... ça y est la distance se compte en phalanges. un empan de jours ou d'espace,  j'ai les choses enfin bien en main.

mais faut -il pour autant que je me coupe un doigt, celui de l'honneur ou presque, celui qui pointe à dessein, qui fait des classements, qui tourne la page, mouillé bavé. j'ai la hâte du moignon, du poing fermé sur la table du poing tendu droit haut, celui de la scansion  protestataire, le tambourin de colère sur la peau du ciel. bientôt j'enfermerai mes mots rouges, mes chiffons, tous les doigts bien serrés. je replie chaque jour mes esquilles, crémaillère de comptine. à zéro, je te cherche!

 

 

8

me manque…j’ai la bouche limée et les dents aiguës. meule à salive. ce manque qui  me grimpe partout me picore m’arrache bout à bout. me manque… et cette agitation, cet agacement civilisé dressé dompté qui me monte en pic, à cheval,  au rodéo, d’une agressivité à l’autre. oui bien sûr que je me cabre que je cambre ! combien de temps pourrais-je tenir ainsi et ce que ça dure ? j’en balancerais des épines des volées des claques. Je mâche à fond dans l’amer. me manque… m’entends-tu ? mais que t’importe pas vrai, tu es gras d’amour, gros de caresse. pleine outre, tu es convexe d’amour toi avec des bandaisons sans retenue, des projets d’altitude, plus loin plus fort ! et moi donc… ! je fais l’autruche sous le puits, je m’encave moi.  me manque… je profile l’abondance, à journée faite, les mains tordues, vissées. je m’enchaîne au mât de vivre  épluché propre en ordre. je me retiens je me tiens ! tu ne me verras plus sois- en bien sûr faire la belle  pour un geste la pitance.  ah oui ! me manque, mais si je l’écris si je le crie c’est pas pour te faire monter le drapeau blanc, le pavillon de fortune. ce n’est plus que pour lui-même, pour ce creux, ce trou.

 

7

big city - morne plaine. mesures d'herbes et de fumures - mesures de feux, rouges  verts. je ne choisis pas. mes couleurs ne sont pas d'ici. une palette impossible entre des damiers, des diagonales tranchées dans la lumière. on ne déroule pas le même tapis. conduite intérieure sans doute. faut juste retourner le voyage du côté des doublures, prendre l'envers, le rebours de paupières. j'épingle mon œil dans la veste du rêve. je resserre mes pupilles sur le tour imaginaire. une terre étrange monte entre mes pensées,  une image un pays. un autre lieu sur lequel les pas ne laissent aucune empreinte et le vol des sillons, un ailleurs sans émigration permise, l'exil pur, l'infranchissable secret d'un univers démesure. je ferme les yeux, je passe le temps au prisme indélébile. noir-blanc argentique.  zoom ou grand angle.

6

suis en retard. un jour. 24 heures un monde une histoire un soupir. suis en retard. j'ai lacé ma chaussure posé mon sac réajusté le chemin,- que sais-je-, un instant. le paysage était beau subtil tout en petitesse cachée sous la main en visière. alors il me fallait du temps, froncer un peu le regard, me faire un pli d'attention et d'inquiétude... et maintenant je suis en retard. les marcheurs ne s'arrêtent jamais, c'est une question de rythme de souffle de pouls au talon. un pas après l'autre en continu, régulier métronome. ni trop vite ni trop court, le pas est un balancement interne. sa cadence.  j'ai paumé la mienne, pour une ficelle rebelle au pied, pour une barrière, une statue, un belvédère. cela valait-il la peine? je vois leurs profils machinaux là-devant, un jour plus loin et je ne sais si j'ai perdu le temps ou le souffle.

 

5

 

la distance existe-t-elle encore? un clic, un geste et le fond du monde vous saute en pleine gueule. un autre -ailleurs- grave au clavier un écran en couleurs, des pixels en creux de poussière. un instant et des milliers de mots de lettres de phonèmes dessinent aussitôt un univers à portée de regard.

et voilà la distance devenue inconsistance du fait d'un temps aboli. l'un sans l'autre et tout reprendrait sa place. papier crayon avion bateau auto  mobylette facteur... des jours entiers étireraient l'espace. mais désormais, je zappe j'éteins j'allume je rezappe et le monde avec;  inutile de croire que la distance ait encore du sens.

4

il y a d'un bout à l'autre de la Terre des êtres qui ne savent pas à quoi ressemble le lointain mais qui  connaissent pratiquement tout sur quelqu'un que le voisin de ce dernier ignore! l'esprit est happé par la télépathie technologique où la connaissance d'un humain n'est même plus utile pour toucher son âme.

mais il peut arriver  soudain que la distance sorte ses corollaires de thésaurus: garder ses distances, tenir à distance... le temps réapparaît alors sous d'autres masques: l'impatience, la "trépignation", l'attente. l'esprit déboussolé,  il suffoque, enrage, s'affole peut-être de ce déport dans la réalité. voilà comment des termes usités uniquement pour dire des aspects psychiques de notre nature recréent la véritable distance, l'espace et le temps qu'on croyait avoir abolis. oh !que oui! alors  le monde est vaste!

 

décidément sur Terre rien ne se perd et tout se récupère, même les mots.

 

3

 trois- quatre, mesure de temps. je suis noire à l'unité et tout se compte en volées de gammes qu'il me faut prendre à la course. Je n’écoute pas  les sirènes,  musique au pas, déhanchements et enjambées. juste encore ce métronome qui balance et me voue à mes cantiques. l'église est pleine  et mes yeux clos. je chante sans plus, qui écouterait?  tu as trouvé tes cierges et des lumières.  je ne sais prier que de silence et de ces bouches d'orgue posées sur moi. trois- quatre, chœur et  flammes, crypte solitaire et  là-haut un poème. que le ciel m'apprenne à gueuler ou des cantates  mais qu'il  choisisse !

 

2

double. entière, âme menottée de chair. ma main et elle font jour à jour le gnomon du poème, jouissance légère qui vole et met la mort à l'essai. est-ce donc la seule inclusion possible, ce double en fusion, peau et souffle, ensemble. ce nous qui n'est que moi.  devant chaque miroir je vois une bise noire au guichet de pupilles. elle me regarde et m'interroge sur sa prison et sur notre liaison. l'exil intérieur. elle secoue mes chaînes à chaque angélus, me met en demeure de l'espace et du rendez-vous manqué. triste enfant  merveilleux perdu comme mon corps l'est et que je reste solitaire. double entière intacte.  mais les poètes ne sont pas étanches et mon corps poreux boit des osmoses. j'endosse l'humide brouillard des passagers de l'eau. juste assez pour  que l'ange sache son navire échoué.

1

végétale,  je le sens. entre brindilles et résineux, entre lichen et touffeur. me voici dans mes saisons exsangues, l'amour se retire, sève perdue, et me laisse accomplissant mes rites de froidures. je me tiens debout entre les claques gelées et les moulures de vent, raidissant  mes épaules et nouant mes genoux. mes dernières fanes déchirent de leurs ongles les blancheurs, découpes au pochoir des espaces de mort. hiver.

je traverse la solitude et l'espace se recoud derrière moi. je suis des hémisphères herbeuses, vouée  à la lune et au soleil, variable comme la peau de la Terre. neuve et puis vieille chaque année de ma vie. je suis de la compagnie de la vie, des officiants à l'ordo  des âges. sans cesse je reprends l'existence, métaphore et botanique. hiver, j'ai de nouveau perdu ton amour. et ce reste squelettique à froid la tombe.




0

O comme un trou, un judas, œilleton fiché au centre du front  ou ma bouche qui savonnerait le vent. O.

après des gymnastiques faciales de chiffres à reculons voici que s'essouffle le...zziiiii ...  rr ...   hhhhhhooooo o

laisser maintenant l'air sortir du tunnel. je pousse mon nuage droit devant, outre qui se vide d'avoir tenté de contenir le temps. les poumons craquent à la couture, j'expire les miasmes carboniques.

maintenant une prise de tabac ou d'air frais, une explosion d'oxygène entre les joues. 

puis changer de jeu et parier sur des courses impossibles.... "si je n'atteins pas le mur là-bas avant que cet homme n'ouvre son cœur, je suis morte". voilà

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